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Notre trek du Laugavegur: Landmannalaugar (2/5)

Le jour J – en route vers Landmannalaugar!

Ça y est, c’est le grand jour. Nous nous rendons à Hella pour prendre un bus qui nous amènera au campement de Landmannalaugar. Arrivés à Hella, je gare la cacahuète, une Hyundai i10 louée chez Avis, sur le parking en face du supermarché – à quelques mètres des arrêts de bus. Il est 13h. Je me dis que je ferais bien de manger quelque chose de consistant avant de partir pour l’aventure, un dernier « vrai » repas. Alleluia, on a encore un peu de temps, le bus ne décolle que dans une heure: nous nous rendons au restaurant situé de l’autre côté du rond point, au fond d’une impasse qui mène à un camping. Le restaurant s’appelle Árhús et c’est cher (rien de surprenant, on est en Islande). La qualité est ok, le serveur moyennement sympathique. Bref, c’est du rapide: je m’engouffre le hamburger le moins cher sur la carte pendant que Madame se prend un café. La pression monte, je regarde ma montre toutes les 2 minutes. J’ai l’impression d’être un grand stressé de la vie. Madame m’informe que ce n’est pas qu’une impression. Je lui montre mon plus beau sourire « pincé ».

On retourne à l’arrêt de bus. Encore 15 minutes avant le départ officiel. Soudain un gros bus surélevé arrive à fond la caisse. Il y a déjà une bonne quinzaine de personnes à bord. Nous balançons les sacs dans la soute et les coinçons au centre sur la partie surélevée (car les sacs peuvent être mouillés quand le bus traverse des gués). Nous nous installons ensuite dans le bus et commençons notre jeu favori, à savoir deviner la nationalité de nos futurs camarades de trekking présents dans le bus. Je vois un mec avec sa nana, il porte un t-shirt Salomon: facile, un français. Il habite certainement dans les Alpes. Sinon il y a un autre mec, tout seul, typé chinois. Difficile de dire d’où il vient. Je sais que ce n’est pas bien, mais finalement on l’appellera le « Chinois » (on fera sa connaissance par la suite, sympa comme tout et français). Derrière lui, il y a un couple – on dirait que le mec est hollandais – je le surnomme « Hans » – sa copine quant à elle ressemble vraiment à « Pocahontas ». Sinon devant moi il y a un jeune barbu avec un bonnet et des cheveux longs. Il voyage seul. Sa gourde est blanche, bosselée et bien usée. Il doit en avoir des kilomètres de marche derrière lui, un vrai trekkeur. En plus il a des écouteurs Marshall, c’est cool. Je crois qu’il est allemand. Je regarde Madame: « Lui, on ne le perd pas de vue pendant le trek, il pourrait être notre sauveur si on se retrouve dans la merde ».

Bref, le bus démarre en trombe. C’est parti.

Le trajet Hella – Landmannalaugar

Dans le bus, tout le monde est calme. Un employé de la société BSI passe pour encaisser les voyageurs. De mémoire nous avons payé 6.000 ISK par personne, en liquide. A noter qu’il est possible de payer par carte bancaire, directement dans le bus. Plutôt cool. A noter aussi que le chauffeur du bus revêt sa cape de guide de temps en temps et commente – en anglais – la nature autour de nous. Je jette encore un coup d’oeil sur nos futurs compagnons de trek. La moyenne d’âge est jeune – en dessous de 30 ans. J’aperçois à l’avant du bus deux mecs avoisinant les 45 ans. Je suis très mauvais pour deviner l’âge des gens mais ils sont vraiment plus vieux que moi. Je ne suis donc PAS le plus vieux, me voilà sauvé et rassuré. J’en profite pour annoncer la bonne nouvelle à Madame qui me lance un sourire forcé (elle n’a pas encore passé la barre des 30 ans, elle ne peut donc pas comprendre ma joie). Le bus roule, c’est reposant. J’arrive même à fermer les yeux quelques minutes. Enfin pas très longtemps. Le guide prend soudainement son micro et recommande à tout le monde de s’attacher car nous arrivons dans la partie « offroad ». Une route tout terrain quoi. Il y a une ceinture en bas du siège que je n’avais pas vue et que je m’empresse donc d’accrocher… Le conducteur ralentit à peine avant d’arriver sur le chemin « offroad » et ça secoue direct. J’ai l’impression d’être dans un shaker. Tout le monde s’accroche.

Notre trek du Laugavegur: Landmannalaugar / Dans le bus

Les paysages sont tout de suite magiques sur cette partie. Il reste encore deux heures avant d’arriver à Landmannalaugar. C’est long quand même. J’entends des « clics » toutes les 20 secondes: nombreux sont ceux qui ont sorti leurs appareils pour prendre des photos à travers les vitres du bus (malgré les secousses). Il faut reconnaitre que les paysages sont vraiment à couper le souffle. On entre clairement dans le « coeur » de l’Islande. Le champion de la photographie, ce n’est pas le Chinois comme on pourrait le croire (je serai fouetté 5 fois pour avoir écrit ça), mais le trekkeur expérimenté aux cheveux longs – celui qui a une gourde blanche bien usée. Appelons le l’Explorateur pour simplifier l’écriture. L’Explorateur n’arrête pas de prendre des photos avec son reflex. Ça vous interpelle aussi? Il a un reflex, un VRAI. J’imagine qu’il a dû vraiment optimiser son sac pour pouvoir emporter un appareil de cette taille en trek, d’autant plus que l’objet en question pèse aussi son poids. Nous avons revendu notre reflex avant le trek pour prendre un autre appareil plus petit, un hybride HD. Seconde au classement des photographes dans le bus: Madame. Mais ne nous attardons pas sur ce point sinon je risque de prendre cher quand elle lira ces lignes. Bref, les paysages changent à nouveau, on aperçoit désormais de la neige et de la verdure.

Notre trek du Laugavegur: Landmannalaugar / Montagnes et neige

Madame me dit que ça ressemble à de la crème liquide blanche versée sur le haut des sommets. Moi ça me fait penser à Ben & Jerry’s. Je ne sais pas vraiment pourquoi: on retrouve un peu les mêmes couleurs et contrastes que sur les affiches Ben & Jerry’s – à savoir du vert, du marron et du blanc – et puis la forme des espaces enneigés est « coulante », un peu comme les taches blanches des vaches sur les affiches publicitaires de la marque. Sinon ça secoue toujours autant dans le bus, on atteint même des secousses de magnitude 9 sur l’échelle de Richter peu avant d’arriver au campement: le bus enchaine des gros trous sur une trentaine de mètres.

Le site de Landmannalaugar

Ça y est, on y est. Je suis tout d’abord étonné de voir des voitures « normales » – de mémoire il y avait plusieurs bus Volkswagen et des 4×4 de ville type « Crossover ». Certainement des touristes qui viennent sur le site pour la journée. Comment ont-ils fait pour passer les gués et rouler en offroad? Je ne sais pas, il doit y avoir une autre route – courageux en tout cas… Le bus passe un dernier mini-gué et puis je distingue une grande plaine entourée de petites montagnes (aux couleurs hallucinantes). Le sol est plutôt pierreux. Les montagnes ont à certains endroits des couleurs sable, rouge, orange et marron – et bien entendu on retrouve sur certains flancs de la verdure et de la neige. Bref, un mélange de couleurs incroyables qui en met plein la vue.

Notre trek du Laugavegur: Landmannalaugar / Campement

Il y a donc un terrain spécifiquement réservé aux campeurs. Plus loin des installations sanitaires – douches et WC – ainsi qu’un espace cuisine « couvert » (le luxe). Au même niveau sur la gauche, il y a une grosse hutte pour ceux qui dorment en refuge. Et cachés derrière les bâtiments, les fameux « hot tubes » naturels. Un gros jacuzzi en pleine nature. J’ai hâte de tremper un peu là dedans… Heureusement, j’ai pensé à prendre mon maillot de bain.

Une fois le bus garé, je m’empresse de sortir pour récupérer nos sacs dans la soute. Je croise les doigts et serre les fesses pour qu’ils ne soient pas mouillés suite au passage des gués. Rien à signaler, tout va bien, tout est sec! On suit un peu le mouvement et on se rend directement sur le terrain pour les campeurs afin de trouver un endroit pas trop dégueulasse où planter la tente. En fin de compte, l’endroit parfait pour planter sa tente n’existe pas ici. Le sol est dur, il y a plein de petits cailloux et de gravas. Partout. Finalement on trouve une place entre des tentes déjà montées. L’utilisation d’un « footprint » est vivement recommandée pour éviter de détériorer la tente en raison des petits cailloux saillants éparpillés partout sur le sol. Même en nettoyant l’emplacement avec soin et avec les moyens du bord (nos pieds), il en reste un bon paquet.

Bref, on se met au boulot, on fixe la tente avec les sardines – qu’on enfonce comme des barbares à l’aide de pierres – puis, pour tendre la tente, on attache les fils directement à des grosses pierres sur les côtés – pour qu’elle tienne bien le vent au cas où. On renforce aussi les sardines en posant des grosses pierres par dessus. Ça nous prend un peu de temps, mais le résultat est impeccable. Tellement bien qu’un mec vient taper la discute avec moi. Je ne comprends pas bien ce qu’il veut, mis à part qu’il a une tente de la même marque que nous. Il ressemble un peu à l’agent nazi Arnold Ernst Toht dans « Indiana Jones – Les Aventuriers de l’Arche perdue ». Je flippe et coupe court à la conversation car nous voulons marcher un peu autour du camp et faire quelques photos.

Notre trek du Laugavegur: Landmannalaugar

Notre trek du Laugavegur: Landmannalaugar / Hot soup

La météo est humide, il commence à pleuvioter. Nous mettons fin à notre balade et nous lançons dans la popote. Il faut attendre pour avoir une place dans la cuisine couverte – comprenons nous bien, il n’y a pas de « cuisine » à proprement parler, juste quatre tables où s’installer pour cuisiner avec son réchaud et puis manger. Ce soir ce sera pâtes à la carbonara. Un plat tout prêt. Je me plante dans les doses: notre sauce carbonara ressemble plus à de la soupe qu’autre chose. Ce n’est pas terrible. Mais on mange, on a besoin de force. Aussi il ne faudra pas se coucher trop tard ce soir car nous nous lèverons à l’aube demain matin. Réveil prévu pour 5h car nous doublons les étapes – 24 km de marche de Landmannalaugar à Álftavatn – et planifions donc de partir le plus tôt possible.

Il est déjà bien tard quand nous revenons à la tente après le dîner et la vaisselle. Nous envisageons éventuellement de zapper les « hot tubes » naturels. Après un effort surhumain (10 minutes de débat) nous réussissons à nous motiver pour y aller, et c’est une excellente décision. A faire obligatoirement! L’eau est bien chaude près de la source, ça relaxe. Par contre ce n’est pas vraiment calme ou romantique car il y a pas mal de gens qui ont bien entendu la même idée… Des Américains squattent autour de nous, ils boivent de la bière dans des canettes (interdiction d’amener des bouteilles en verre dans le jacuzzi naturel, vous imaginez pourquoi). Ils sont bruyants mais on s’en fout, c’est plutôt marrant, on échange quelques mots. Finalement, on y reste une bonne vingtaine de minutes. En ressortant, une partie de mon dos est toute rouge, j’ai l’air con. On se les caille aussi! Nous croyions que la chaleur emmagasinée dans le jacuzzi nous permettrait de rejoindre la tente sans avoir froid. C’est loupé.

Notre trek du Laugavegur: Landmannalaugar / Hot tubes

De retour à la tente – à moitié à poil et complètement gelés – on parle rapidement avec nos voisins, des français qu’on ne re-croisera finalement qu’une fois sur le parcours tellement ils étaient rapides en marchant. Tout au long du trek, ils seront d’ailleurs en tête d’affiche de notre benchmark et nous les surnommons la team « Speedy Gonzales ». Bref, il est presque 23h, j’ai besoin de me réchauffer dans mon sac de couchage. Je tombe de sommeil. Bonne nuit Madame, à demain. J’entends les voisins qui ronflent ou rigolent. Mais je suis tellement claqué que ça ne m’empêche pas de m’endormir très rapidement…

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